Mémo politique - Sauvons la recherche ! Un combat plus que jamais d’actualité

Posté le 27 juin 2008
Catégorie : Publications, Alerte politique gouvernementale, Etat providence et régulations publiques, Inégalités sociales |

par Isabelle THIS et Michel SAINT-JEAN (www.sauvonslarecherche.fr)

En 2004, la communauté scientifique a formulé, lors de ses Etats Généraux, des propositions concrètes permettant de moderniser notre système de Recherche et d’Enseignement Supérieur. Aucune d’entre elles n’a été retenue et celles qui ont été reprises aujourd’hui ont vu leur sens dévoyé. En écho de ce processus de réflexion collective et approfondie, les gouvernements de droite successifs ont préféré engager à la sauvette et sans réelle concertation un ensemble de « réformes » qui bouleversent et fragilisent gravement l’équilibre du système actuel sans nullement l’améliorer.

Ces « réformes » ne sont en fait les déclinaisons d’une seule et même réforme d’inspiration libérale qui a déferlé sur l’Europe et qui cache ses choix idéologiques derrière le concept d’« économie de la connaissance ». Sa rhétorique est simple : soumettre la Recherche et l’Enseignement Supérieur à la rentabilité économique, et de ce fait permettre ou justifier indirectement le désengagement de l’Etat dans ces secteurs vitaux. De pratique intellectuelle de compréhension du monde et de transmission des savoirs, la Recherche et l’Enseignement Supérieur se voient désormais réduits à de simples outils techniques de production de richesses. En ce sens, ces réformes détermineront durablement la place du savoir et de la connaissance dans notre société.

A l’origine, le marché du savoir.

Le coût croissant de la recherche a incité les autorités à vouloir accroître la rentabilité économique et sociale des investissements consentis dans la recherche. Les grands programmes des années 1970 témoignent de cette légitime volonté de mettre l’innovation au cœur du développement économique ; toutefois la production et la transmission de savoirs nouveaux restent à cette époque une évidente nécessité. Le véritable changement résulte de l’accord commercial du GATS (General Agreement on Trade in Service) qui stipule que l’enseignement supérieur et la recherche doivent être considérés comme des biens marchands. Dès 1998, dans sa déclaration de Bologne, l’Europe adhère à cette idée, tout en continuant à vouloir « apporter une dimension intellectuelle, sociale et technologique à la construction européenne». Cependant, deux ans plus tard, à Lisbonne, il ne s’agissait plus que de développer une Europe de « l’économie du savoir », dérive qui conduit aujourd’hui Nicolas Sarkozy à déclarer : « La recherche doit servir la société, elle doit lui permettre de s’approprier ses découvertes….pour alimenter la croissance économique ».
Pour les pouvoirs publics, il ne s’agit plus désormais de proposer quelques vastes programmes, mais au contraire de piloter au plus près toute la Recherche et l’Enseignement Supérieur pour amener les chercheurs à répondre aux besoins économiques immédiats et de normaliser les enseignements et la qualification donnée aux étudiants afin de favoriser leur adaptation aux demandes des entreprises.

Une valse à trois temps

Pour imposer ces réformes, le gouvernement a développé une stratégie en trois temps selon une méthode déjà éprouvée dans d’autres secteurs du service public, comme la justice ou la santé. Une « pédagogie » de la peur a d’abord été mise en place. Premier temps, la recherche française serait sur le déclin, nos chercheurs les plus compétentes fuiraient, tandis que les autres se contenteraient de maigres et pâles résultats, et le danger serait d’autant plus grand que notre indépendance elle-même serait menacée par les puissances émergentes plus dynamiques que nous. Des études « scientifiques » que les gestionnaires diligentent en utilisant des indicateurs quantitatifs qu’ils ont eux-mêmes conceptualisés (le plus connu étant celui de Shanghaï qui classe les universités) le prouveraient. Alors que la Recherche publique française est reconnue et récompensée internationalement (via notamment des Prix Nobel, des médailles Field, des Prix Turing, etc. ) et ce , en dépit de la faiblesse des moyens qui lui ont été alloués ces dernières années, alors que l’Enseignement Supérieur a réussi à faire face sans moyens suffisants à la massification des étudiants, à les écouter, la France n’aurait pas d’autre solution pour se défendre que la mise au pas de ses scientifiques et de leurs activités, qu’elles soient de recherche ou d’enseignement. Deuxième temps, pour diviser et affaiblir la communauté scientifique, le gouvernement a alors utilisé la technique du « saucissonnage et enfumage ». Il a ainsi engagé cette reprise en main sous la forme d’une multitude de « réformes », attachées chacune à un secteur particulier du système (loi LRU pour les universités, Plan réussite Licence, Plan Campus, Pacte pour la recherche, création de l’ANR, création de l’AERES, réformes des organismes (CNRS, INRA, etc.) et la réforme à venir des statuts des personnels, etc. ), présentant chacune d’elles comme une « simple mesure technique », s’imposant au nom du pragmatisme ; ce saucissonnage s’accompagnant d’un enfumage nourri de pseudo-concertations, d’innombrables effets d’annonce et de déclarations mêlant amalgames hasardeux et fausses évidences. Enfin troisième temps, un service après-vente est assuré par la ministre, venant vanter dans d’innombrables colloques, expositions ou visites de site, les mérites supposés des réformes engagées. Opérations de promotion souvent perturbées par la présence de plus en plus importante de personnels mécontents.

Que contient la réforme engagée ?

Ainsi, pierre après pierre, le gouvernement démolit notre système d’enseignement supérieur et de recherche publique, en mettant en place de manière assez paradoxale, à la fois, les conditions d’un pilotage étroit de la recherche par le pouvoir politique et celles d’un désengagement financier de État.

Le Pilotage par les Agences
Cette reprise en main se manifeste tout d’abord par le pilotage de plus en plus serré de l’activité de recherche publique et d’enseignement.
De nouvelles structures ont été mises en place : l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) qui est devenue peu à peu la source prédominante de financements des chercheurs et l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES) qui elle, évalue toutes les structures de recherche, sauf naturellement les tutelles et leurs politiques ! Ainsi au laboratoire dans lequel des chercheurs coopèrent pour élaborer des connaissances nouvelles en pleine autonomie intellectuelle, doit maintenant se substituer un ensemble de scientifiques, « porteurs de projets » concurrents, dont la tutelle pourra piloter l’activité en ne la finançant que si elle est conforme à ses « axes stratégiques » (qu’elle prétend pouvoir définir alors que la plupart du temps l’Etat n’a la maîtrise ni du marché ni de la logique financière des groupes industriels impliqués) et en évaluant leurs performances sur des critères quantitatifs mesurés par des « experts» choisis par la tutelle et ne rendant des comptes qu’à elle.
Le pilotage de la recherche publique voulu par les pouvoirs publics et imposé aux scientifiques aura pourtant l’effet inverse de celui qu’il prétend obtenir. Le dernier prix Nobel de Physique, Albert Fert, expliquait qu’il n’aurait pas eu ce prix s’il n’y avait eu qu’un financement de la recherche sur projets. Les contraintes et les modalités de ces agences vont conduire en effet les scientifiques à respecter des normes et des usages qui créent structurellement du conformisme scientifique et à terme à la stérilisation de la créativité de cette communauté. Le financement sur projets, qui peut être utile ponctuellement pour impulser certaines recherches, devient désastreux dès lors qu’il est prédominant car il entrave les initiatives et l’exploration de domaines originaux pour ne renforcer que des axes prioritaires devenus thèmes routiniers.
Côté université, les enseignants-chercheurs voient leur autonomie pédagogique régresser. Faute de moyens mais voulant faire face à la démocratisation de l’enseignement supérieur et se sentant responsables du devenir de leurs étudiants souvent de faible niveau, les universitaires se voient obligés d’adapter, contraints et forcés, leurs exigences à un système qui privilégie le transfert de compétences immédiates au détriment de l’élaboration et de la transmission de savoirs nouveaux. Par ailleurs, « l’autonomie des universités » (en fait celle de leur équipe dirigeante et de leur président aux pouvoirs exorbitants) associée à la structure de leurs ressources (financement public et privé) a renforcé la dimension gestionnaire au dépend de la cohérence disciplinaire. Dans de nombreux pays voisins, ceci s’est traduit par exemple par la fermeture brutale de départements « non rentables ». Nous promet-on autre chose ?

La mise en concurrence généralisée
Pour les tenants de ces réformes, la mise en concurrence serait la meilleure garantie de la qualité du service.
Les universités doivent désormais se comparer, afin de faire valoir leur offre auprès de étudiants et d’obtenir des soutiens financiers publics. Des pôles d’excellence sont actuellement définis dans lesquels des moyens supplémentaires vont être engagés. Couplé à l’existence des PRES, on voit ainsi se dessiner une France universitaire à deux vitesses, créant de véritables inégalités territoriales : de grands centres d’enseignement et de recherche pouvant rentrer dans les critères de Shanghai et des établissements secondaires, sorte de « collèges universitaires », délivrant essentiellement des Licences. Les exemples universitaires italien ou allemand illustrent ce mécanisme qui ne favorise que les grandes universités déjà fortement intégrées dans le secteur économique et très rarement orientées vers les sciences humaines.
Les équipes de recherche doivent elles aussi se faire concurrence au lieu de collaborer. L’augmentation des crédits affectés à l’ANR et la réduction concomitante de ceux alloués aux laboratoires (- 14% annoncés pour cette année) conduisent à l’émergence d’équipes de plus en plus « indépendantes », tant sur le plan financier que sur le plan du recrutement sur contrat, favorisant ainsi la disparition des laboratoires comme structures scientifiques, au profit de microstructures individualistes dépourvues de toute cohérence d’ensemble. Or, dans la recherche publique, la seule pratique scientifique qui fasse sens est une démarche coopérative entre chercheurs car si l’émulation intellectuelle est stimulante, la concurrence est délétère.
Les individus eux-mêmes sont mis en concurrence. Le renouvellement des contrats « post doctoraux » n’est attribué que sur des critères bibliométriques quantitatifs conduisant à la prolifération d’articles. La pénurie de postes et l’augmentation massive des cursus et des obligations de services font que désormais les services et les salaires des permanents seront modulés d’un individu à l’autre, l’ensemble étant sans doute géré par une agence appropriée. (En Espagne, une agence évalue les universitaires selon leur capacité à transmettre des connaissances mais aussi selon le taux de réussite à leur examen, leur capacité à maîtriser les techniques de communication et les méthodes informatiques d’enseignement, etc.).

Inégalité devant le diplôme et augmentation des frais d’inscription.
Dans l’esprit de la réforme, la Licence doit être un diplôme ouvrant sur le monde du travail, la mission de l’enseignement supérieur devenant à ce niveau de formation celle de « l’employabilité » de ceux qui sont devenus ses « usagers ». Ainsi, les renouvellements des habilitations vont-ils dépendre de la réussite des étudiants dans ces filières et de leur niveau de rémunérations à l’embauche. Les programmes se sont donc progressivement redéfinis autour des « compétences » supposées attendues par le monde professionnel et chaque « étudiant-usager » peut façonner son parcours en choisissant des ECTS pouvant correspondre à des enseignements classiques mais aussi à d’autres activités (associatifs, encadrements d’autres étudiants, etc.). Il en résulte une formation souvent parcellaire, incohérente rapidement obsolète sur un marché du travail. Mais pour les établissements d’enseignement supérieur, l’engagement réel commence avec le Master et le Doctorat qui leur assurent leur image dans les classements internationaux et donc leurs ressources et leurs potentialités de recherche.
Cette césure profonde entre L et MD a conduit dans des pays voisins à des disparités sociales importantes (bon nombre d’étudiants de condition modeste hésitant à s’engager dans un cursus MD incertain) et à de fortes disparités territoriales, seules les universités les plus richement dotées pouvant développer des cursus MD attractifs.

Par ailleurs, les universités européennes qui ont subi une réforme équivalente à la nôtre ont toutes vu leurs frais de scolarité augmenter car dans cette logique gestionnaire l’usager paye le service. Par exemple, les universités anglaises, initialement gratuites font payer maintenant des frais qui varient entre 1150 livres et 10 000 livres par an pour les plus prestigieuses. Ces frais présentés comme un « investissement » fait par un futur « riche formé » peuvent être couverts par des prêts cautionnés par l’Etat (idée reprise par la CPU en 2006) oubliant qu’en réalité les réseaux sociaux jouent, à côté des diplômes, un rôle prépondérant dans l’obtention d’un emplois. Dès lors cette augmentation des frais augmentera inéluctablement le fossé entre ceux qui pourront et ceux qui n’oseront pas s’engager dans cette dette initiale sans garantie de pouvoir la rembourser.

Augmentation de la précarité et transformation des statuts
L’enseignement supérieur ne s’imagine plus autrement qu’en termes de réduction de coûts. Aussi pour augmenter la rentabilité du « service » tout en augmentant l’offre du nombre de filières, il suffit d’augmenter le ratio étudiants/enseignants (+25% aux USA et +30% aux Pays Bas et en Allemagne depuis 1990) et d’augmenter le nombre d’enseignants précaires. Ainsi en Italie, la multiplication des filières passant de 2400 en 2000 à 4500 en 2004 a conduit au recrutement de nombreux vacataires sans aucune perspective d’embauche définitive ; à tel point qu’en 2006 le gouvernement a exigé que 50% des enseignements soient assurés par des permanents pour être validés comme diplômes nationaux. Dans un tel contexte, on ne peut que s’interroger lorsque Valérie Pécresse a annoncé la création de 2250 supports de moniteurs supplémentaires alors que dans le même temps aucun poste permanent n’est créé.
De même dans le secteur de la recherche a-t-on vu le nombre d’emplois précaires exploser ces dernières années parmi les personnels techniques et administratifs, mais également chez les jeunes chercheurs qui se voient contraints d’enchaîner les post-doctorats avant d’accéder à un emploi statutaire et dont l’âge moyen à l’embauche ne cesse de reculer. Faut-il alors s’étonner de la perte d’attractivité pour les métiers de l’enseignement supérieur et de la recherche que l’on constate dans les recrutements actuels des Master Recherche ?

Pour les personnels permanents, Valérie Pécresse a créé une commission dédiée au statut dont sans nul doute les conclusions contesteront leur statut de fonctionnaires parce que ce statut est l’une des garanties de leur indépendance, que sa remise en cause est une condition nécessaire au pilotage de la recherche. En raison aussi d’une conviction idéologique qui conteste l’utilité des services publics appuyés sur un corps de fonctionnaires et considère que la concurrence est le garant le plus sûr de l’efficacité et de la performance. Par ailleurs il existe désormais de multiples structures (RTRA, fondations, etc.) qui peuvent être aujourd’hui des employeurs sur statut de droit privé et peuvent donc venir se substituer au EPST ou aux universités. En outre, des projets de modification radicale du statut de la fonction publique qui visent à définir un statut de métier, dans lequel la rémunération se ferait désormais sur la base d’une part fixe commune et de deux parts modulables (l’une déterminée par les difficultés ou les responsabilités du métier et l’autre dépendant du mérite de la personne) sont à l’étude dans les ministères. Par ailleurs, les idées de création de « CDD longs » (5 ans renouvelable) et de « chaires CNRS » circulent…. la LRU offrant déjà la possibilité d’embauche sur des statuts plus « souples » et la mise en place d’un système de primes.

Nous voulons une autre réforme

Retrouver nos missions fondamentales.
La communauté scientifique souhaite la mise en place une politique ambitieuse permettant à la Recherche publique et à l’Enseignement Supérieur de remplir les missions essentielles qui sont les leur.
La première de ces missions est l’élaboration rationnelle de connaissances scientifiques nouvelles. Dans ce domaine, il est indispensable que nous veillions tous à ce que la recherche fondamentale puisse continuer à occuper la place centrale qui doit être la sienne. Si la valorisation des connaissances reposant sur partenariat équilibré avec le secteur privé est souhaitable, elle ne saurait être la seule et unique finalité de la recherche publique. A cette activité première s’ajoute celle de formation par et à la recherche. Mais pour que cette transmission intergénérationnelle des savoirs et savoir-faire garde son efficacité et tout son sens, il faut d’une part qu’elle soit reconnue à sa juste valeur et d’autre part qu’un réel renouvellement des scientifiques existe, ce qui impose un flux non négligeable de recrutement dans le secteur public et des débouchés scientifiques dans le secteur privé. Enfin, la diffusion des connaissances nouvelles constitue une troisième activité tout aussi importante. Elle seule permet de tisser les liens de confiance nécessaires entre la recherche publique et la société qui la finance, tant pour éclairer les citoyens sur les enjeux des récents développements scientifiques que pour les assister en tant qu’experts.

Si la recherche doit continuer à dynamiser nos économies modernes par les innovations qu’elle engendre et les richesses qu’elle génère et si l’enseignement supérieur doit tenir toute sa place dans « l’économie de la connaissance » par les formations qu’il propose et les qualifications qu’il permet, leurs ambitions ne peuvent se réduire à ces seuls objectifs économiques. Une Europe plus exigeante en matière de création et de transmission de savoirs reste à construire. Le défi de l’Europe aujourd’hui est de savoir associer son idéal et sa tradition humaniste à un indispensable et massif engagement dans l’économie de la connaissance.

L’indépendance intellectuelle : collégialité et abandon du pilotage.
La communauté scientifique doit avoir la garantie de son indépendance intellectuelle. Il nous faudra rompre avec la volonté de contrôler l’activité des scientifiques en concentrant tous les pouvoirs de décision importants aux mains d’un groupe très restreint ou d’agences, au mépris des règles de collégialité.

Une évaluation fondée scientifiquement.
L’activité de recherche et d’enseignement doit être basée sur l’échange, la coopération et l’engagement collectif. Il nous faudra rompre avec la mise en concurrence des individus, équipes, organismes et Universités. Issue de la gestion du secteur privé et incapable de distinguer entre concurrence stérile et saine émulation, cette logique est contraire aux intérêts de la recherche publique et de l’enseignement supérieur car elle se traduit notamment par un cloisonnement des savoirs afin que les « meilleurs » puissent être identifiés et récompensés, par la disparition des laboratoires devenus groupement de chercheurs « porteurs de projets » finançables, par l’apparition de personnels aux statuts différenciés ou précaires. En outre, cette logique propose des méthodes d’évaluation inopérants. La science doit être évaluée sur ses résultats et dans le cadre de confrontation intellectuelle d’idées (articles, conférences, etc.). Nous voulons donc que soit revu le mode de fonctionnement et les périmètres d’action des nouveaux dispositifs institutionnels mis en place par les réformes récentes, l’ANR l’AERES tout comme la gouvernance des universités de la LRU.

La reconnaissance de notre activité
Nous demandons que soit développé l’emploi scientifique dans le secteur public en créant plusieurs milliers d’emplois stables dans la recherche et dans l’enseignement supérieur pour rattraper les retards accumulés qui ont fragilisé des laboratoires et réduit d’attractivité de nos métiers.
Nous voulons que soit revaloriser les carrières dans ces secteurs en augmentant substantiellement les salaires de l’ensemble des personnels. La reconnaissance de la qualité du travail effectué se traduira par des possibilités de promotions accélérées et non pas par une politique de primes qui nuit à la coopération entre chercheurs et enseignants-chercheurs.
Il faut que tous les enseignants-chercheurs, en particulier pour les jeunes recrutés, les charges d’enseignement soient allégées, afin de leur permettre de pouvoir lancer dans de bonnes conditions leur activité de recherche. Nous limiterons les taches administratives qui incombent aux chercheurs, ingénieurs de recherche et enseignants-chercheurs et qui n’ont cessé de se développer au détriment de leurs activités de recherche et d’enseignements. Pour cela le recrutement de personnels administratifs doit être entrepris.

Des organismes forts et des universités performantes
Il faut créer les conditions pour que les grands organismes (CNRS, INSERM, etc.) puissent élaborer une politique scientifique concernant l’ensemble des champs du savoir, en respectant la nécessaire indépendance des chercheurs vis-à-vis des différents pouvoirs.
Il faut que les universités aient les moyens d’offrir une formation de la meilleure qualité sur tout le territoire, ce qui suppose de les mettre en synergie et non en concurrence, et de créer des conditions statutaires correctes à ceux qui y travaillent. Il faudra également accepter de traiter la délicate question des relations entre universités, IUT et grandes écoles.

Une politique de soutien à l’innovation
Pour favoriser l’innovation et les applications de la science, des structures et des moyens matériels et humains doivent être mis en place afin de prendre le relais des scientifiques dans ces activités qui ne peuvent leur incomber.

Le réengagement de l’Etat
La Recherche publique et l’Enseignement Supérieur ont besoin de moyens si nous voulons qu’ils deviennent réellement des priorités nationales. Or, contrairement à ce que proclame la communication gouvernementale, les politiques récentes menées dans ce secteur se sont caractérisées en réalité par un désengagement constant de l’Etat et par une limitation l’investissement, loin du milliard par an annoncé, dans l’enseignement supérieur et la recherche publique, cohérentes en cela avec son obsession idéologique dominante et destructrice visant à réduire à tout prix les coûts des services publics. Les difficultés que pose un tel désengagement se trouvent renforcées dans les laboratoires par le fait que l’argent injecté par les agences privilégie le financement de la recherche sur projets (alors que toutes les études montrent que ce mode de financement est, en pratique, coûteux et d’une efficacité contestable) et se traduit par la diminution de leurs crédits de base et par le non renouvellement et la suppression de postes techniques et scientifiques. Il faut dès à présent doter les organismes de recherche et les universités de crédits de base substantiels leur permettant d’avoir une véritable politique scientifique autonome et cohérente, notamment en permettant le financement de projets risqués. Les laboratoires de recherche sont des lieux d’où émergent les projets de recherche, ils doivent avoir les moyens de les lancer et de les soutenir dans le cadre d’une ambition intellectuelle commune. La répartition entre crédits de base et crédits d’appels à projet doivent être rééquilibrés au profit des premiers. D’ores et déjà, les 130 millions d’euros supplémentaires qui doivent être affectés à l’ANR en 2008 doivent être reversés directement aux laboratoires des universités et des organismes.
Il nous faudra donc rompre avec ce désengagement de l’Etat et tenir la promesse faite par la France à Lisbonne en 2000 de consacrer 3% du PIB à la dépense intérieure de recherche et de développement (DIRD) en 2012 dont au moins 1% sera consacré au soutien direct à la recherche publique.

Conclusion

Chaque organisation de la recherche découle de la représentation de la science qu’elle entend incarner. En retour, l’adaptation des scientifiques à cette institution forge leurs pratiques et le type de science qu’ils produisent. La recherche publique réclame la liberté intellectuelle, la confiance mutuelle et des organismes capables de dialoguer et d’accompagner les chercheurs selon ces deux principes. Au lieu de les favoriser, le pouvoir actuel a choisi de surveiller et punir. Alors que les potentialités sont immenses, il est à craindre que sous ces contraintes la science française ne s’étiole par épuisement, passivité ou soumission. Les pouvoirs publics seraient alors comptables de ce désastre qu’ils auraient programmé par aveuglement idéologique sans aucune réelle concertation ni avec la communauté des scientifiques ni avec la nation elle-même.

Il faut que donc soit engagé sans tarder en concertation avec la communauté scientifique une politique volontariste pour que nous puissions encore demain être fiers de notre Recherche, de ses découvertes, des savoirs élaborés et transmis dans nos universités C’est aussi la condition pour que la démocratisation de l’enseignement supérieur puisse se poursuivre. C’est également la condition pour que des innovations technologiques majeures puissent se produire. C’est enfin la condition pour que le savoir et la connaissance retrouvent enfin la place qu’ils n’auraient jamais du perdre dans notre société !

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1 commentaire sur “Mémo politique - Sauvons la recherche ! Un combat plus que jamais d’actualité”

  1. marc le 10 juillet 2008 à 22:06  Add karma Subtract karma  +0

    Ce texte décrit précisément l’évolution vue au quotidien. L’avenir pour la recherche et l’enseignement supérieur est TRES inquiétant.

    PS : des appels ANR Blancs du printemps en STIC, seulement 12 propositions ont été retenues à l’échelle nationale. Foutage de gueule complet, comme prévu.

    Marc

    PR en école ingénieur
    Responsable d’une équipe CNRS en informatique

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