Groupe de réflexion “Inégalités sociales” - programme de travail

Posté le 1 mars 2008
Catégorie : Inégalités sociales |

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Inégalités sociales en questions. Le projet républicain se fonde sur la suppression des inégalités formelles, en instaurant le principe de l’égalité devant la loi. Le mouvement ouvrier, lui, aspire à réduire les inégalités réelles, nées notamment de la relation de travail dans le cadre du salariat et de la distribution des richesses ainsi créées entre les facteurs de production. Il défend à cette fin le principe de l’égalité par la loi. La gauche est dépositaire du projet républicain. Elle reste l’héritière du mouvement ouvrier.
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Pourtant, sa voix ne porte plus quand elle évoque les inégalités sociales. Lors des dernières campagnes présidentielles et législatives, elle a échoué à placer les questions économiques et sociales au cœur du débat électoral. Aujourd’hui même, alors que la droite conduit une politique fondamentalement inégalitaire, sans craindre la provocation, instaurant un « bouclier fiscal » pour les contribuables les plus aisés et prétendant favoriser une relation « décomplexée » à l’argent, la gauche ne parvient pas à se faire entendre. Pourquoi ? Parce que son personnel politique, ses pratiques militantes, sa réflexion théorique, ses travaux programmatiques et son action gouvernementale l’ont éloignée peu à peu des milieux populaires, des préoccupations économiques et sociales du plus grand nombre, et de la question des inégalités sociales.

L’insuffisance du marxisme, l’échec de la sociale-démocratie, la moindre représentation de la classe ouvrière, les évolutions profondes de l’économie comme du salariat lui-même ne rendent pourtant pas cette question obsolète. Les inégalités sociales demeurent. Elles se sont même accrues en trente ans. Leur résorption reste le premier objectif de toute politique de gauche. Voilà pourquoi La Forge a décidé de consacrer un travail de réflexion et un cycle de rencontres à la question des inégalités ! Certes, toutes les inégalités, toutes les discriminations ne se réduisent pas à l’économique et au social. Il y a une place, naturellement, pour le sociétal ou le culturel, les questions de genre, de diversité, d’orientations sexuelles… Mais, de notre point de vue, la lutte contre les inégalités sociales est première.

La gauche ne pourra retrouver une capacité de transformation du réel qu’en se confrontant de nouveau aux réalités sociales, qui sont sans doute plus multiples, ambivalentes et complexes qu’hier. Elle devra faire l’analyse et la synthèse de ces phénomènes sociaux, si elle veut reconstituer sa capacité d’action et de rassemblement des forces de résistance aux inégalités sociales. Elle s’est éloignée des acteurs sociaux et des intellectuels, qui se sont eux-mêmes éloignés d’elle, en raison par exemple de la fragilisation du monde syndical comme de la spécialisation des sciences sociales. Pourtant, c’est cette rencontre et cette force d’entraînement qui avaient contribué au renouvellement de la gauche et à ses victoires électorales. Notamment en 1981. La Forge sera donc l’un des lieux de cette rencontre.

La gauche a trop souvent épousé les discours dominants, ou repris à son compte les référentiels de pensée des droites libérale et conservatrice. Un exemple : dans bien des esprits progressistes, l’égalité des droits et l’égalité des chances sont désormais synonymes !… Dans cette période de grande confusion post-électorale, il nous faudra donc réinterroger notre propre discours, les politiques que nos gouvernements ont conduites, en un mot : le logiciel socialiste. Et il nous faudra, en parallèle, questionner le discours de la droite, dresser le bilan de son action au-delà de sa débauche de communication, en fin de compte : derrière son rideau de fumée, démythifier le « sarkozysme ». Vaste programme, qui n’est pas bien pensant et n’a rien de politiquement correct ! Mais nous nous y tiendrons.

Le travail que nous vous invitons à partager avec nous a pour ambition de redonner à la gauche sa capacité d’analyse critique et de proposition constructive. L’ambition des membres de notre groupe est de contribuer, à notre niveau, avec nos moyens, à la transformation de la société. Notre perspective est d’envisager autrement l’évolution de la société pour permettre à la gauche d’agir ensuite, en réduisant les inégalités économiques, sociales et les autres aussi, et en luttant contre le cumul ou la reproduction de ces inégalités. Notre ambition est de faire bouger les lignes, de recréer des idées qui fassent sens et qui puissent rencontrer les mouvements sociaux ou intellectuels qui, quoique encore émiettés ou épars, tentent d’organiser le tissu social ou la République des idées et sans lesquels aucune perspective de transformation profonde ne pourra s’envisager.

Nous sommes de gauche et tous nous sommes divers. Nos cheminements, nos parcours intellectuels et militants sont souvent différents. C’est une difficulté. Mais c’est surtout une formidable richesse.

A chaque réunion, nous débattrons d’un sujet de fond, dans une logique sectorielle, sur la base d’un document écrit à plusieurs : la politique de la ville et les inégalités entre les territoires en février, les politiques de santé et les inégalités dans l’accès aux soins en mars. Parallèlement, nous engagerons un travail de recensement, de questionnement et de reformulation des notions auxquelles la droite et la gauche se réfèrent le plus souvent quand elles parlent d’égalité ou d’inégalités.

A titre d’illustrations, nous envisageons à ce stade de travailler sur les sujets suivants :

• conditions d’accès à l’emploi et exposition aux inégalités sociales (sans emploi, ou sans emploi stable, peut-on être l’égal de l’autre ?) ;
• inégalités face à l’emploi et inégalités dans le travail (discrimination, exclusion) ;
• égalité, inégalités et production de richesses ;
• cumul d’inégalités et processus de désocialisation (approches sociale et socioculturelle des banlieues et des campagnes) ;
• inégalité sociale et discrimination ;
• égalité et diversité (l’égalitarisme, l’universalisme sont-ils les ennemis du respect de la diversité?) ;
• égalité, République et communautés (La défense de la diversité fragilise-t-elle le modèle républicain ? Le modèle républicain est-il réellement garant de l’égalité ?) ;
• égalité, formation et éducation (Comment combattre les inégalités qui vivent au sein de l’école, que l’école produit et reproduit ? Favoriser la réussite individuelle tout au long de la vie est elle une perspective suffisante ? De gauche ?).

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2 commentaires sur “Groupe de réflexion “Inégalités sociales” - programme de travail”

  1. GARNIER le 17 mars 2008 à 23:59  Add karma Subtract karma  +0

    Il me semble qu’une des principales source d’inégalité est celle du privilège de naissance. Je suis intéressé par une réflexion sur le sujet, c’est à dire sur la transmission du patrimoine, dans quelle limite ? (50.000 euros maxi par enfant) comment réaliser la transmission de l’outil de travail sans pénaliser l’emploi? (agriculture, entreprise)
    Merci

  2. Eyraud Corine le 12 juin 2008 à 15:42  Add karma Subtract karma  +0

    Bonjour,

    Ceci n’est pas un commentaire mais plutôt une sollicitation. Je cherche des articles de presse sur les inégalités sociales utilisant des données chiffrées et aboutissant à des
    conclusions divergentes quant au phénomène et à son évolution.
    Je suis enseignante-chercheure en sociologie à l’Université de Provence, et
    actuellement en train de terminer un livre qui est une sorte de manuel 1ers
    cycles
    universitaires et écoles, et qui s’intitule “Comprendre et utiliser les
    données
    chiffrées. Du matériau brut à la compréhension des phénomènes sociaux”.
    J’essaie de fournir les outils pour une utilisation critique et rigoureuse des
    données chiffrées.

    J’ai déjà fait quelques recherches, mais pour l’instant je n’ai rien de
    complètement satisfaisant, et j’ai pensé faire appel à vos archives personnelles ou à vos
    idées. L’idée générale est d’essayer de montrer jusqu’où on peut expliquer les
    divergences d’analyse par une définition différente du phénomène, par la prise
    en compte de différentes de ses dimensions, par l’utilisation d’indicateurs
    différents et/ou de sources différentes.

    Voilà un grand merci si vous pouvez m’aider.

    Amicalement vôtre,

    Corine Eyraud

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